Discussion avec Małgorzata Czaplarska, directrice du centre franco-polonais Côtes d’Armor – Varmie-Mazurie

Interview by Victor Bonnot, in French.

Małgorzata Czaplarska et Victor Bonnot au centre franco-polonais à Olsztyn

La Voïvodie de Varmie-Mazurie (1,5 million d’habitants) est situé dans Nord-Ouest de la Pologne. Elle a pour capitale Olsztyn (170 000 habitants). La forme géographique et politique actuelle de la Voïvodie fût créée suite à la loi de décentralisation de 1998. Appelée “Pays au mille lac”, la région est parsemée de beaux lacs et de magnifiques forêts qui en font l’un des poumons Verts de Pologne. L’économie locale est principalement basée sur l’industrie du bois, même si les forêts font aussi le bonheur des touristes, la Varmie-Mazurie étant l’une des régions les plus visitées de Pologne. 

Les Côtes-d’Armor (600 000 habitants), anciennes Côtes-du-Nord, sont un Département français de la Région Bretagne (Ouest-France). Le chef-lieu est Saint-Brieuc (45 000 habitants). Petit Département, il en reste tout du moins fort mignon et profite de paysages graniteux d’un rose à en faire pâlir un soleil de crépuscule. Le tourisme est une source économique important pour ce territoire de terres agricoles et de ports de pêches. 

Le Centre franco-polonais de Côtes-d’Armor-Varmie-Mazurie en lui-même est un lieu d’accueil pour les gens intéressés par la langue française et la culture francophone, ainsi que par le portage de projets entre les deux territoires polono-français. 

Tout d’abord, quel est votre parcours académique et professionnel ? 

            Je pense que ce qui est une valeur ajoutée pour pouvoir s’occuper des relations entre les deux territoires franco-polonais est d’être francophone. Avant de m’occuper de la coopération décentralisée entre les régions, j’ai d’abord commencé mon aventure avec la langue française. J’ai fait une licence pour devenir professeure de français en Pologne, je suis ensuite partie en France pendant deux ans pour poursuivre mes études à l’Université René Descartes en Sciences du language. J’ai complété ma formation linguistique par des formations post-masters, notamment à l’Institut polonais des Affaires étrangères ou à l’École Nationale d’Administration française. Ces expériences académiques m’ont vraiment fait comprendre que la coopération internationale, le suivi de projets internationaux et le dialogue transnational dans le cadre de la francophonie étaient des piliers de mon projet professionnel. 

            En 2008, rentrant de France, j’ai intégré les service de la Région Varmie-Mazurie qui recherchait une personne francophone pour renforcer la coopération avec le département des Côtes-d’Armor. J’ai également travailler en tant que programmatrice culturelle au sein de la Maison de la Bretagne gérée par la Fondation Poznan-Ille-et-Vilaine. Lorsque j’ai commencé mon expérience au sein du Conseil régional de Varmie-Mazurie, je travaillais dans le département de la coopération internationale. Je m’occupais des dossiers des programmes de coopération “entre les pays romans“. Il ne s’agissait pas que seulement de la France et du département des Côtes-d’Armor, mais aussi de coopération avec des régions espagnoles et italiennes —la ville de Perruche et la région de Vallée d’Aoste. Et aujourd’hui, je suis la directrice du Centre franco-polonais Côtes-d’Armor-Varmie-Mazurie.

Quelle est l’histoire du centre franco-polonais? Comment ces deux territoires se sont-ils rapprochés? 

            Ce centre a été crée au début des années 1990. À l’époque, les Français étaient déjà très présents en Pologne dans le but de suivre la réforme de décentralisation opérée par le gouvernement suite à la chute du communisme et notamment la création des Voïvodies. Les Français suivaient le parcours des collectivités qui étaient en train de se créées en Pologne. 

            En revanche, la coopération entre la Varmie-Mazurie et les Côtes-d’Armor a débutée même avant la création du Centre, et ce dès les années 1980 notamment avec le mouvement Solidarność. À cette époque, il y avait par exemple à Saint-Brieuc, un groupe de bénévoles qui organisait le transport de médicaments en direction d’Olsztyn. Ainsi, nous pouvons dire que ce qui représente le premier pilier de cette coopération décentralisée, ce sont les gens. En effet, sans cet aspect humain, je pense que la coopération entre les Côtes-d’Armor et la Varmie-Mazurie n’existerait peut-être pas aujourd’hui. 

            Ces organisations bénévoles ont ensuite rencontré les élus du Département des Côtes-d’Armor pour leur dire: “formalisons cette coopération!”. Les régions polonaises n’existant pas encore au début des années 1990, le Conseil départemental des Côtes d’Armor a donc cherché un endroit plus “informel” pour gérer ces relations. Ils ont même envoyé un fonctionnaire de la collectivité à Olsztyn pour assurer le travail du Département. Ainsi, tout au long des années 1980 et 1990, cet appui organisationnel des élus locaux en Varmie-Mazurie pour organiser cette coopération venait non seulement de se construire, mais parallèlement de nombreux projets —notamment agricoles— ont permis un échange de bonne pratique entre les deux territoires. 

            Au fur-et-à-mesure, ces relations se sont renforcées. En 1999, les régions polonaises sont créées et font l’objet d’une grande réformes puisque de nombreuses compétences sont transférées de l’État aux régions. Le Maréchal (i.e. Président) de la Région Varmie-Mazurie a alors décidé de prendre cette coopération avec les Côtes-d’Armor “sous ses ailes” et de la formaliser. Par la suite, en 2001, le centre franco-polonais est devenu un centre purement culturel avec un budget attribué par la région. En parallèle, le Conseil régional a construit un service de coopération international qui gère tous les échanges politiques avec les collectivités étrangères.

Quelles sont les missions du Centre franco-polonais? 

            Les deux collectivités ont signé une Convention qui définit les objectifs de notre partenariat et qui a permis de faire de notre centre une institution importante de coopération interrégionale. Il a principalement pour but d’enseigner et de promouvoir la langue française (en proposant des cours de français ou des ateliers culturels d’éveil au language) et de vulgariser la culture française et de la francophonie (au travers d’évènements culturelles, comme les journées de la Francophonie ou les journées de la Bretagne). Bien entendu, nous faisons toujours la promotion de la coopération décentralisée et mettons à l’honneur les Côtes-d’Armor et la Bretagne lors des évènements organisés en Varmie-Mazurie. 

            L’autre rôle important du Centre est aussi d’accompagner les porteurs de projets. “Accompagner”, cela signifie que notre rôle est d’accompagner une localité ou une structure économique, culturelle ou associative de Varmie-Mazurie qui porte un projet et qui cherche des partenaires à l’étranger. Notre but est de les orienter vers de potentiels partenaires costarmoricains. Et cette mission d’accompagnement porte ses fruits! Par exemple, de plus en plus de petites communes sont prêtes à s’ouvrir à l’international. Cette incitation à la coopération existe bien entendu dans les deux sens. Dans le Département des Côtes-d’Armor, il y a le service Europe et international “Centre Europe-Armor” qui à la vocation d’encourager les structures bretonnes à s’intéresser au territoire de Varmie-Mazurie.

Comment définiriez vous la coopération décentralisée? Quels sont ses apports? 

            La coopération décentralisée a encore malheureusement trop l’image d'”agence de tourisme”, les gens ne comprennent pas réellement à quoi cela sert. Les coopérations décentralisées, si elles existent d’abord en matière économique, existent également en matière de portage de projets ou de coopération culturelle. Ainsi, lorsque nous parlons de “coopération”, nous mettons souvent l’accent sur la coopération économique pure, mais je pense qu’à travers les projets culturels que nous portons, notamment grâce aux fonds européens, il y a également des retombées économiques pour les territoires. 

            Pour pouvoir travailler sur la construction de l’identité européenne de citoyens ouverts, et aussi afin de promouvoir cette coopération, nous avons besoin de mobilité. Quel dommage que la plupart des choses que nous connaissons sur les pays voisins ne soient que des informations que nous regardons à la télévision! Je préfère me concentrer sur les échanges entre les gens pour qu’ils puissent se voir, se parler, passer du temps ensemble, apprendre les uns des autres. 

            Finalement, quel meilleur symbole de la coopération décentralisée entre les Côtes-d’Armor et la Varmie-Mazurie que le centre franco-polonais! Le fait de créer un lieu, un endroit où les gens peuvent venir s’informer sur la coopération et les échanges culturels, apprendre le français et la culture est déjà quelque chose qu’il faut mettre en valeur.

            De plus, si dans les années 1990, nous apprenions beaucoup des localités françaises, aujourd’hui on voit bien que dans beaucoup de projets portés en communs les Français apprennent des Polonais. Par exemple, dans le domaine des politiques sociales, certaines solutions mises en place en Pologne sont très intéressantes pour le département des Côtes-d’Armor. De même, nous pouvons prendre l’exemple des comités de pilotages annuels qui permettent d’observer les projets portés l’année passée et de valider ceux pour l’année en cours,. À chaque comité, des représentants de la Varmie-Mazurie sont invités par les Côtes-d’Armor pour échanger et définir ensemble des orientations de leur coopération. Il y a donc un contact permanent.

            Ainsi, ces échanges de bonnes pratiques apportent des solutions concrètes et représentent un héritage qui reste sur le territoire. Notre coopération est assez originale finalement, car cela dépasse le seul cadre de projets occasionnels, mais elle exprime la volonté de créer quelque chose de durable à l’échelle inter-territoriale européenne!

Pensez-vous que les fonds européens jouent un rôle fondamental dans le développement territorial? 

            C’est grâce aux fonds européens pour les investissements de développement que nous avons d’énormes progrès et c’est grâce à cet accompagnement financiers que l’on peut aujourd’hui regarder l’énorme potentiel de nos régions! 

            Nous sommes vraiment en phase de rattraper ce que l’Europe a pu développer pendant des années après les 2nd Guerre mondial alors que nous n’avions pas la même chance à cette époque. Je trouve que la vitesse avec laquelle on le fait à présent est spectaculaire! Le rôle du centre franco-polonais est de justement faire en sorte que les gens qui viendront un jour sur nos territoire se sentent au mieux ici. 

            C’est vraiment deux mondes différents entre, d’un côté, notre rôle de développer la citoyenneté européenne et, d’un autre, les fonds structurels qui permettent à cette région de se développer dans différents domaines de l’économie local. Par exemple, nous avons beaucoup travaillé avec le label “produit en Bretagne” pour développer notre propre label “produit en Varmie-Mazurie” afin de renforcer l’image local des produits.

En conclusion, quelle est l’apport de l’action de votre Centre pour la prise de conscience européenne des citoyens polonais? 

            Il existe un réelle curiosité, cela est certain. Je me souviens d’un sondage qui avait été fait dans les rues d’Olsztyn il y a quelque temps. Les gens, et notamment les jeunes, réclamaient des projets qui parlaient d’autres cultures européennes. Je pense que nous avons une forte identité européenne et que les Polonais se sentent européens. Ils sont très intéressés par ce qui se passe dans d’autres pays européens. 

            Les Polonais savent beaucoup de choses sur la France. La culture française est assez présente dans la culture polonaise. C’est aussi notre mission de développer cette appréhension d’une culture étrangère. En revanche, je pense qu’on a plus de travail à faire auprès des Français. Et ce notamment au travers de la mobilité. Cela ressort des différents projets portés par des gens qui ne sont jamais allé en Pologne. Si il n’y avait pas cette mobilité, ils seraient enfermés sur une image de la Pologne assez “stéréotypée”. Pour moi, c’est très satisfaisant qu’ils se disent à la fin de leur voyage “quelle belle région est la Varmie-Mazurie“! Je pense que les prochains travaux du Centre seront de surtout se concentrer sur le fait de promouvoir notre culture et notre région auprès des Français et francophones. On voit que cette mobilité et ces échanges permettent de découvrir la Pologne d’un autre point de vue et de changer complètement l’approche que l’on peut en avoir initialement.

Article published on May 2020

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