Alsace-Moselle, from rivalry to symbol of openness

Article written by Louis Brendel, in French and English.

Cathedral of Strasbourg, Alsace – Photo by Jonathan Marchal on Unsplash

L’Alsace-Moselle, de la rivalité au symbole d’ouverture

Aujourd’hui, il ne fait aucun doute que l’Alsace-Moselle, malgré une histoire partagée entre la France et l’Allemagne, est pleinement intégré dans l’Etat français, ce qui n’empêche pas les trois départements de la Moselle, du Haut-Rhin et du Bas-Rhin de se distinguer par des spécificités régionales qui rappellent ce passé partagé. Leur réintégration du côté français depuis 1918, se place dans une optique d’intégration des codes de la République en accord avec les acquis de la période allemande. Cependant l’empreinte germanique ouvre des perspectives de coopération en période de construction européenne : elle transforme une périphérie française en un nouveau centre névralgique. 

Au moment de rejoindre à nouveau la France après près d’un demi-siècle passé dans le second Reich allemand, la volonté de marquer l’appartenance des territoires à la nation française est marquée. En effet, la guerre de 1914-1918 était motivée en partie sur la volonté de « récupérer » ces territoires perdus durant la guerre franco- prussienne de 1870-1871. Un certain nombre de particularités montrent à quel point la période allemande a marquée durablement ces territoires. Les spécificités linguistiques préexistantes (beaucoup des dialectes locaux sont issus de l’allemand), l’héritage politique, beaucoup plus décentralisé dans l’Empire allemand qu’en France, ou encore la culture religieuse non marquée par la loi française de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 sont des facteurs de différenciation de l’Alsace-Moselle du reste du territoire français. Les mouvances autonomistes des années 1920 viennent confirmer que la francité de la région reste questionnée, même si l’enthousiasme est marqué au moment de la réintégration. Le passage immédiat de l’enseignement de l’allemand au français est l’un des marqueurs du retour du giron français, et a été vécu comme très violent par les populations. D’un autre côté, un droit local propre à la région et unique en France vient reconnaître implicitement le caractère unique de l’histoire alsacienne et mosellane. Avec la Seconde guerre mondiale et deux nouvelles annexions, à l’Allemagne nazie en 1940 puis à nouveau à la France en 1944, se pose à nouveau la question de la nature de territoires continuellement marqués par les rivalités entre grandes puissances. 

Si à l’instar de nombreuses autres régions, les pratiques culturelles régionales ont tendance à s’effacer, ce mouvement revêt en Alsace et en Moselle une dimension particulière. Cet héritage incarne le passé tumultueux des territoires mais aussi des perspectives d’avenir très importantes à l’heure européenne.

L’attachement des populations à la France fait face à un marqueur linguistique résolument germanique double appartenance, qui détache par moment l’Alsace et la Moselle de l’histoire du reste du pays, comme en témoigne encore aujourd’hui son régime de droit spécifique. Là se trouve également peut-être la solution. Avec la construction européenne, une région frontalière disputée devient un terrain de coopération, symbolisé par l’établissement du Parlement européen à Strasbourg dès 1979. Avec la libre circulation et les perspectives ouvertes par les échanges transfrontaliers entre la France et l’Allemagne, le rapprochement est bel et bien amorcé. 

Des villes frontalières comme Strasbourg ou Sarrebruck sont aujourd’hui des espaces d’échanges économiques et culturels importants. Pour des départements appartenant à un État aussi unitaire que la France, il est intéressant que l’ouverture sur l’étranger soit favorisée par son affiliation germanique. Nombre de travailleurs, notamment en Alsace, peuvent travailler outre-Rhin grâce à une connaissance de l’allemand transmise via l’alsacien, dialecte issu de l’allemand et avant tout transmis par voie familiale. Mais si en 2001, 61% de la population alsacienne déclarait maîtriser l’alsacien, ils n’étaient plus que 42% en 2012. La baisse du nombre de locuteurs pose des problèmes non seulement pour la préservation de la culture régionale, mais aussi en termes d’emploi, puisqu’avec la baisse du nombre de dialectophones vient une baisse du nombre de germanophones capables de travailler de l’autre côté de la frontière. La survivance de la particularité de la région alsacienne reste par ailleurs très perceptible, en témoigne la résistance à la loi de réforme territoriale ayant fait disparaître administrativement la région en 2015 au sein du « Grand-Est ». 

Si à l’instar de nombreuses autres régions, les pratiques culturelles régionales ont tendance à s’effacer, ce mouvement revêt en Alsace et en Moselle une dimension particulière. Cet héritage incarne le passé tumultueux des territoires mais aussi des perspectives d’avenir très importantes à l’heure européenne. La question reste la place à donner à cet héritage dans l’histoire de l’Alsace-Moselle. Le discours républicain et unitaire français peut-il s’accommoder des influences allemandes sur certaines de ses régions en vue d’approfondir le dialogue entre les deux rives du Rhin ? 

Alsace-Moselle, from rivalry to symbol of openness

Today, there is no doubt that Alsace-Moselle, despite a shared history between France and Germany, is fully integrated into the French State, which does not prevent the three departments of Moselle, Haut-Rhin and Bas-Rhin from distinguishing themselves by regional specificities recalling this shared past. Their reintegration on the French side since 1918 is in line with the integration of the codes of the Republic but in accordance with the achievements of the German period. However, the Germanic footprint opens up prospects for cooperation in this time of European construction: it transforms a French periphery into a new nerve centre. 

When the region joined France again after almost half a century in the Second German Reich, the desire to mark the territories’ belonging to the French nation was strong. Indeed, the 1914-1918 war was partly motivated by the desire to « recover » these territories lost during the Franco-Prussian war of 1870-1871. However, several particularities show to what extent the German period had a lasting impact on these territories. Pre-existing linguistic specificities (many of the local dialects originate from German), the political heritage, much more decentralized in the German Empire than in France, or the religious culture not marked by the French law of separation of Church and State of 1905 are factors of differentiation of Alsace-Moselle from the rest of the French territory. The autonomist movements of the 1920s confirmed that the frenchness of the region region remained questionable, even if enthusiasm was high at the time of reintegration. The immediate transition from German to French teaching is one of the markers of the return of the French rule, which has been experienced violently by the populations. On the other hand, a local law regime specific to the region and unique in France implicitly recognizes the unique character of Alsatian and Moselle history. With the Second World War and two new annexations, to Nazi Germany in 1940 and then again to France in 1944, the question of the nature of territories continuously marked by rivalries between major powers arose again. 

While, like many other regions, regional cultural practices are tending to disappear, this movement has a particular dimension in Alsace and Moselle. This heritage embodies the tumultuous past of the territories but also very important future prospects for Europe.

The attachment of indigenous populations to France faces a resolutely Germanic linguistic marker. There is surely the curse of local populations in relation to « France de l’intérieur »: a double belonging, which at times detaches Alsace and Moselle from the history of the rest of the country, as its specific legal regime still testifies today. This may also be the solution. With the construction of Europe, a disputed border region became a field of cooperation, symbolised by the establishment of the European Parliament in Strasbourg in 1979. With the free movement and prospects opened up by cross-border trade between France and Germany, the rapprochement is well and truly underway. Border cities such as Strasbourg or Saarbrücken are now important areas of economic and cultural exchange. For departments belonging to a unitary state such as France, it is interesting that the opening up to foreign countries is favoured by its Germanic affiliation. Many workers, particularly in Alsace, can work across the Rhine thanks to their knowledge of the German language transmitted via Alsatian, a dialect derived from German and above all transmitted through family channels. But if in 2001, 61% of the Alsatian population declared that they were fluent in the Alsatian language, they were only 42% in 2012. The decline in the number of speakers poses problems not only for the preservation of regional culture, but also in terms of employment, since with the decline in the number of dialectophones comes a decline in the number of German speakers able to work on the other side of the border. The survival of the particularity of the Alsatian region remains very noticeable, as evidenced by the resistance to the territorial reform law that administratively eliminated the region in 2015 within the « Grand Est ». 

While, like many other regions, regional cultural practices are tending to disappear, this movement has a particular dimension in Alsace and Moselle. This heritage embodies the tumultuous past of the territories but also very important future prospects for Europe. The question remains the place to be given to this heritage in the history of Alsace- Moselle. Can the French republican and unitary discourse accommodate German influences on some of its regions in order to deepen the dialogue between the two shores of the Rhine? 

Published by LA REGIONISTO

La Regionisto focuses on regional economic, political or cultural issues. Its aim is to enable everyone to deepen their curiosity for various regions of Europe and beyond, in a classic or fun way. We welcome articles written in any language and from any approach!

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